Rapport final
Introduction
1. La conférence internationale intitulée: Évaluation globale de la Recommandation de 1989 relative à la sauvegarde de la culture traditionnelle et du folklore: Participation locale et coopération internationale s'est tenue à Washington, D.C. (Etats-Unis d'Amérique) du 27 au 30 juin 1999 avec la collaboration de la Smithsonian Institution.
L'objectif de la conférence était d'examiner la protection du patrimoine culturel intangible à la fin du vingtième siècle et de réexaminer, dix ans après son adoption en 1989, la Recommandation sur la sauvegarde de la culture et du folklore traditionnels. Cette conférence est l'aboutissement de huit séminaires régionaux organisés par l’UNESCO pour évaluer de façon systématique l'application de la Recommandation et l'état actuel de la protection et de la revitalisation du patrimoine culturel intangible. Les séminaires régionaux se sont tenus dans les pays suivants: République Tchèque (juin 1995) pour les régions Europe centrale et Europe de l'est; Mexique (septembre 1998) pour l'Amérique latine et la Caraïbe; Japon (février/mars 1998) pour l'Asie; République d'Ouzbékistan (octobre 1998) pour l'Asie centrale et le Caucase; Ghana (janvier 1999) pour l'Afrique; Nouvelle-Calédonie (février 1999) pour le Pacifique; le Liban (mai 1999) pour les pays arabes. Un objectif majeur de cette conférence était d'évaluer, à l'échelle mondiale, l'état actuel et les orientations futures de la Recommandation de 1989.
Trente-sept participants représentant vingt-sept pays (spécialistes, fonctionnaires, praticiens de culture traditionnelle) et quarante observateurs ont assisté à la conférence. Les participants ont, à leur arrivée, reçu des documents de fond et de travail. Les rapports des huit séminaires régionaux étaient à la disposition des participants pendant toute la durée de la conférence. En outre, les communications écrites des participants étaient distribuées au cours de la conférence et mises à la disposition des groupes de travail intéressés.
2. La réunion a été co-financée par l'UNESCO, le Ministère Japonais des Affaires étrangères, le Département d'Etat des Etats-Unis, la Fondation Rockefeller, la National Endowment for the Arts et la Direction des relations internationales de la Smithsonian Institution.
Séance d'ouverture
3. La réunion a été ouverte par Dr. Richard Kurin, Directeur du Center for Folklife and Cultural Heritage de la Smithsonian, qui a souhaité la bienvenue aux participants, observateurs, représentants de l'UNESCO ainsi qu'au personnel de la conférence. Il s’est déclaré heureux que celle-ci se tienne à la Smithsonian puisqu'elle complète les travaux entrepris par le Center for Folklife and Cultural Heritage et renforce les liens qui existent entre les chercheurs de l'institution et l'UNESCO.
4. M. Mounir Bouchenaki, Directeur du Centre du patrimoine culturel et du patrimoine mondial à l’UNESCO, s'est ensuite, en sa qualité de représentant du directeur général de l’UNESCO, M. Frederico Mayor, adressé à la conférence (présent volume 00-00). Après avoir remercié Dr. Richard Kurin pour ses gentils mots de bienvenue, il lui exprima, ainsi qu'à Dr. Anthony Seeger, Directeur de Smithsonian Folkways Recordings et à leurs collègues, sa gratitude pour leur collaboration dans l'organisation de la conférence. Il remercia ensuite les sponsors pour leur soutien à la conférence. Il exprima le plaisir de l’UNESCO à prendre part au 34ème festival folklorique de la Smithsonian, une exposition du patrimoine culturel vivant des Etats-Unis et du monde.
Faisant référence au sens élargi du mot patrimoine que les pays ont adopté, il a noté que ce terme englobe de nos jours des éléments tels que le patrimoine des idées, le génome humain et un patrimoine éthique dans lesquels la diversité est un aspect qui revêt beaucoup d'importance et de valeur. Cette évolution s'est produite au même moment que le concept de patrimoine tangible a commencé, par l'intermédiaire de la Convention de l’UNESCO de 1972 relative à la protection des patrimoines culturel et naturel du monde, d'inclure les monuments culturels, les sites naturels et culturels ainsi que les paysages culturels. Ce patrimoine est vulnérable et risque d'être oblitéré par les tendances mondiales vers l'homogénéisation qui découlent de la mondialisation de l'économie. En revanche, certaines évolutions technologiques peuvent fournir d'utiles moyens de protection et de diffusion du patrimoine culturel mondial.
Toute forme de patrimoine culturel devrait, toujours selon l'orateur, être reconnue et respectée y compris le patrimoine intangible qui soutient les valeurs spirituelles et les sens symboliques inhérents au patrimoine matériel. Le sous-titre de la conférence (participation locale et coopération internationale) cadre avec les objectifs de l’UNESCO, surtout quand il s'agit de renforcement des capacités indigènes et de participation locale (notamment de la part des jeunes) dans la mise en oeuvre des activités. L'individualité de chaque être humain est à la base de la liberté culturelle qui est la liberté collective dont dispose un groupe d'individus pour choisir son mode de vie. Cet objectif passe par la promotion, à l'échelle mondiale, de la diversité culturelle.
En guise de conclusion, il a déclaré que cette conférence peut énormément contribuer à la direction future des efforts de protection du patrimoine culturel intangible du monde. Il a ajouté que les recommandations de cette conférence vont affecter les patrimoines tangible et intangible dans la mesure où toutes les formes de patrimoine culturel sont intimement liées.
5. M. Mounir Bouchenaki a présidé à l'élection du président, des vice-présidents et du rapporteur:
Président: Dr. Anthony Seeger, USA
Vice-présidents: Dr. Junzo Kawada, Japon, Mme Zulma Yugar, Bolivie
Rapporteur: Dr. Janet Blake, Ecosse, Royaume-Uni
A la suite de son élection, Dr. Seeger a officiellement assumé la présidence.
6. Ordre du jour: Rubrique 2: Recommandation de l’UNESCO sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et du folklore (1989)- Actions de l’UNESCO pour sa mise en application (Séance plénière)
Mme Noriko Aikawa, Directrice du service Patrimoine intangible de l’UNESCO a, ensuite, présenté dans sa communication l’essentiel des actions menées par l’UNESCO pour la mise en oeuvre de la Recommandation de 1989 (Présent volume, 00-00). Elle a fait valoir que, une fois l'instrument établi, les pays membres se sont peu intéressés à sa mise en application malgré l'exigence de respecter ses dispositions et de rendre effectifs les principes et mesures qu’il définit. Seuls six pays ont présenté un rapport en réponse à la demande lancée par le directeur général en 1990. En 1992, un rapport d'expert a avancé l'hypothèse selon laquelle cette situation serait due à l'absence dans la Recommandation d'un mandat spécifique pour l’UNESCO ou de dispositions précises quant à sa mise en application par les pays-membres. Le rôle de l’UNESCO se limite à celui de promouvoir la Recommandation et d'encourager les Etats à en exécuter les dispositions.
Suite aux bouleversements politiques considérables de la fin des années 80
(notamment la fin de la Guerre froide), à la rapide expansion de l'économie de marché et au progrès des technologies de communication qui ont transformé le monde en un espace économique et culturel plus uniforme, bon nombre de pays membres ont commencé de s'intéresser à leurs cultures traditionnelles et de redécouvrir le rôle qu’elles jouent en tant que référence symbolique à des identités localement enracinées. Dans un souci de recentrer son programme ayant trait à la culture traditionnelle, l’UNESCO a procédé à une évaluation scientifique de toutes les activités dans ce domaine qu'elle a rebaptisé patrimoine culturel intangible. A la suite d'une réunion d'experts internationaux à Paris, plusieurs principes directeurs pour ce genre de travail ont été arrêtés en 1993. Par la même occasion, il a été proposé que l’UNESCO, en réaction à ces nouveaux paramètres, joue un rôle catalyseur et instigateur plus important.
Mme Aikawa a ensuite décrit le projet Trésors humains vivants qui a été lancé en 1993 et permet aux pays membres de reconnaître officiellement ces personnes à talents artistiques et aptitudes exceptionnels en vue d'encourager la progression et la dissémination de tels talents ou savoir-faire dans un souci de protéger le patrimoine culturel traditionnel. Une cinquantaine de pays ont déjà exprimé leur désir d'établir un tel système.
La Conférence générale a, en 1995, décidé qu'une évaluation mondiale de la protection de la culture traditionnelle et du folklore devrait être effectuée avec, comme cadre de référence, la Recommandation. Un questionnaire détaillé a d’abord permis de conduire des sondages qui furent suivis par les huit séminaires régionaux sus-cités dont cette conférence est l'aboutissement.
En réaction à l'intérêt accru que les pays membres portent au patrimoine culturel intangible, la Conférence générale a confirmé, en 1997, que le programme pour le patrimoine intangible devrait figurer parmi les grandes priorités culturelles. La Conférence générale a, peu après, proclamé certains espaces culturels et formes d'expression culturelle chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et intangible de l'humanité. Cette proclamation fut l'un des moyens de compenser la non-applicabilité de la Convention de 1972 au patrimoine culturel intangible.
Mme Aikawa a ensuite fait état de diverses activités entreprises par l’UNESCO pour promouvoir la Recommandation en matière d'identification, de conservation, de préservation, de diffusion et de protection du folklore. Dans le cadre de la coopération internationale, les actions prioritaires ont porté essentiellement sur la création de réseaux et la formation. Il reste à identifier les problèmes spécifiques aux mesures juridiques liées aux expressions artistiques du folklore et du savoir traditionnels. La Recommandation de 1989 continue d'être le principal document de référence pour toutes ces activités. Le moment est opportun de mener une réflexion sur son rôle dans les contextes contemporain et futur.
7. Rubrique 3: Rapports des huit séminaires régionaux (Séance plénière)
Les rapports des séminaires régionaux et sous-régionaux qui ont eu lieu entre 1995 et 1999 ont été présentés en séance plénière.
(i) Europe centrale et de l'est (Séminaire de la République Tchèque):
Ce premier séminaire sur l'application de la Recommandation de 1989 fut organisé à Straznice en juin 1995 sur la base des questionnaires remplis par douze pays de la région Europe centrale/Europe et de l'est. Des experts de treize pays y ont pris part.
Les réponses ont démontré que, dans la majorité des pays de la région, la préservation de la culture et du folklore traditionnels ne représente pas une priorité dans la politique culturelle même si la quasi-totalité des ministères de la culture soutiennent, dans le domaine des activités, des institutions professionnelles et associations civiques. A la suite des transformations dans les Etats post-communistes, un soutien systématique à la culture de masse contemporaine et internationale a fait surface en réaction à celui que l'Etat apportait aux cultures folkloriques. Les organismes actifs dans la protection de la culture traditionnelle et folklorique sont confrontés à des difficultés qui émanent des faibles économies et du manque inhérent de capacité technique dans la plupart des pays post-communistes. Dans beaucoup d'Etats de la région, la Recommandation de 1989 est devenue un instrument important dans la protection du patrimoine culturel intangible.
Parmi les autres questions soulevées au cours du séminaire, il faut noter:
(ii)L'Amérique latine et la Caraïbe (Séminaire du Mexique)
Le séminaire s'est tenu à Mexico en septembre 1997 avec la participation de seize experts. Inspirés des réponses aux questionnaires (remplis par onze pays de la région Amérique latine/Caraïbe) relatifs à l'application de la Recommandation, les objectifs étaient les suivants:
Le séminaire a tiré les conclusions suivantes:
La création au Mexique d'un Centre des cultures populaires de l'Amérique latine et de la Caraïbe a été suivie par l'établissement de deux centres annexes en Amérique du sud et d'un autre en Amérique centrale. Il a été proposé qu'une réunion des autorités culturelles de la région se tienne en Bolivie en 1999 afin de discuter des conclusions de ce séminaire régional et de l'application de la Recommandation dans la région.
(iii) Asie (Séminaire du Japon)
Dix-sept pays sur vingt ont répondu au questionnaire sur la Recommandation et un séminaire fut organisé à Tokyo en février/mars 1998. Vingt experts de dix-neuf Etats membres y ont pris part.
Quant à l'application des principales dispositions de la Recommandation, 48% des pays-répondants ont fait appliquer les dispositions sur l'identification, 28% celles sur la conservation, 28% celles sur la diffusion, et 42% les dispositions sur la protection du folklore. Il y a eu un net progrès dans la protection régionale de la culture traditionnelle et du folklore, même si certains Etats estiment que la Recommandation devrait, à terme, être améliorée. Les thèmes suivants se sont dégagés des réponses:
Les rapports présentés par les divers pays indiquent de véritables efforts de sauvegarde de ce patrimoine malgré les revers et obstacles. Un véritable souci de sauvegarder le patrimoine se manifeste même s'il n'est pas toujours compris des politiques.
(iv) Europe occidentale (Séminaire de la Finlande)
Ce séminaire, organisé à Joensuu en septembre 1998, s'est fondé sur les quinze réponses au questionnaire sur l'application de la Recommandation reçues par le comité d'organisation. Des experts de quatorze pays y ont pris part. Les réponses ont indiqué que le séminaire devrait couvrir les grands thèmes suivants:
Des communications générales ont été présentées sur les quatre thèmes suivants: problèmes de culture, patrimoine culturel, nouvelles technologies, et évolution culturelle.
Quelques questions ont été soulevées sur la vie en Europe occidentale contemporaine et le rôle qu'y jouent la culture traditionnelle et le folklore. Ces questions ont permis de tirer certaines conclusions qui vont contribuer à l'élaboration future de politiques européenne et mondiale en matière de patrimoine. A noter parmi ces conclusions:
(v) Asie centrale et Caucase (Séminaire d'Ouzbékistan)
Un séminaire régional s'est organisé à Tashkent en octobre 1998 autour des réponses au questionnaire fournies par huit pays. Quatorze représentants de huit pays y ont participé. Le séminaire a atteint plusieurs de ses objectifs dont les suivants:
La Recommandation fait face à des obstacles majeurs; elle n'a pas encore été traduite dans les langues officielles de la région et les Etats nouvellement indépendants sont confrontés à des problèmes économiques, politiques et sociaux auxquels il faudra d'abord trouver une solution. Tous les participants ont fait valoir que le patrimoine culturel intangible joue un rôle important dans la formation des nations et par conséquent, reste prioritaire dans la politique culturelle de tous les Etats. Bien que tous les Etats aient adopté une législation pour protéger ce patrimoine, on a l'impression que celle-ci ne correspond pas aux besoins de la culture traditionnelle et qu’il y a lieu de mettre au point de nouvelles mesures (protection des droits d'auteur, par exemple). Les secteurs public et privé devraient augmenter leur aide financière et les artisans bénéficier d'un soutien financier. Le manque d'équipement informatique pour les archives de matériels folkloriques a été noté ainsi que le désir de création d'une banque de données informatisée des institutions et organismes du secteur folklore. A ce propos, une demande a été introduite pour l’organisation d'un séminaire de formation par l’UNESCO. La nécessité de former des spécialistes en gestion culturelle a, en outre, été identifiée.
(vi) Afrique (Séminaire du Ghana)
Le séminaire a été organisé à Accra en janvier 1999. Des représentants de dix-sept pays y ont pris part. Vingt-sept des quarante pays qui ont reçu le questionnaire ont envoyé des réponses, ce qui a permis d'avoir un bon aperçu de la manière dont la Recommandation a été mise en application dans la région. Les rapports-pays ont ajouté un complément d'informations.
Le séminaire a passé en revue la manière dont le contenu de la culture traditionnelle et du folklore est compris. Celui-ci visait à identifier les facteurs qui avaient soutenu la culture traditionnelle dans le passé et qui ne sont plus. De toute évidence, très peu d'efforts ont été entrepris pour appliquer la Recommandation hormis les mesures prises après l'indépendance par les nouveaux Etats. Le constat était que les gouvernements n'ont eu recours à ce patrimoine que dans le cadre de stratégies de renforcement des nations et de promotion d'une identité culturelle. Le rôle des institutions et des médias a été évoqué. L'absence généralisée de coordination, de collections systématiques, de politiques culturelles nationales, de ressources et d'effectifs était qualifiée de grave. Cette situation est fâcheuse étant donné ce que les cultures orales peuvent apporter à la construction et à la reconstruction des cultures africaines contemporaines conformément au principe de faire du passé une partie du présent.
Pour les actions futures, la sauvegarde de la culture traditionnelle devrait être comprise sous l'angle des réalités quotidiennes des pays africains et non l’angle académique qu'incarne la Recommandation. La nécessité d'avoir un manuel sur le folklore à l'usage des enseignants locaux a fait l'objet d'une discussion. L'utilisation de techniques anthropologiques pour la collecte d'informations par les populations locales lettrées a aussi été envisagée. Le début du vingtième siècle en Afrique révèle des exemples d'une telle approche. En outre de la nécessité d'une action urgente dans la collecte d'informations sur les cultures traditionnelles, on a aussi mis l'accent sur celle de revitaliser les cultures en vue de contrecarrer les vestiges du colonialisme.
Un thème majeur du séminaire était celui de réintégrer la culture traditionnelle dans la vie moderne et de la partager avec la communauté internationale afin de montrer à celle-ci le contexte culturel de la musique et de la danse africaines déjà adoptées de par le monde.
(vii) Pacifique (Séminaire de la Nouvelle Calédonie):
Le séminaire a eu lieu à Nouméa en février 1999. Douze participants de douze pays y ont pris part. Treize des quatorze pays qui ont reçu le questionnaire y ont répondu. C'est en fonction de ces réponses que les objectifs du séminaire ont été définis: identifier les voies et moyens de renforcer l'application de la Recommandation dans la région; formuler une stratégie régionale à long terme avec comme objectifs la sauvegarde, la revitalisation, la protection juridique, la transmission et la diffusion du patrimoine intangible du Pacifique. Chaque pays a présenté un bref rapport. Les pays qui venaient d'adhérer à l’UNESCO n'étaient pas au courant de la Recommandation.
Dans la région Pacifique, aucune distinction n'est faite entre les patrimoines intangible et tangible, bien que, pour les besoins de cette étude, tel soit le cas. Par ailleurs, une grande partie des peuples indigènes considèrent le mot folklore comme déplacé et péjoratif. Patrimoine culturel serait plus positif et utile. Le patrimoine intangible du Pacifique est resté essentiellement sans archives et est menacé par le rajeunissement de la population régionale et les problèmes économiques du secteur culturel. Les vestiges du colonialisme et ses effets continus sur la société représentent une autre menace importante sur le patrimoine intangible. On reconnaît fermement que les cultures traditionnelles sont un élément pertinent du développement durable.
Parmi les questions et préoccupations communes du séminaire, il faut noter:
On a aussi noté qu’il faudrait:
(viii) Pays arabes séminaire du Liban):
Ce séminaire fut organisé à Beyrouth en mai 1999 pour étudier la question telle qu'elle s'applique aux Etats arabes. Des experts de douze pays y ont pris part. Quelques préoccupations des pays arabes dans le domaine du folklore, esquissées dans les questionnaires remplis par dix pays, ont été énumérées. Parmi celles-ci, il faut noter:
Les effets de la mondialisation ont été discutés en tenant compte de la nature non-statique de la culture. La mondialisation a été perçue comme une arme à double tranchant qui peut aider les pays à revitaliser leurs cultures pour que celles-ci puissent faire face à d’autres cultures mais peut aussi menacer ces pays d'homogénéité culturelle. On a aussi noté l'importance de la préservation des cultures populaires et traditionnelles pour le développement humain et la possibilité que le folklore puisse être source de renaissance culturelle tout en contribuant au développement économique. Il faut cependant veiller à ce que l'utilisation du folklore à des fins économiques ne porte pas préjudice au folklore lui-même. Le patrimoine culturel est sous la menace de la dégradation écologique mais, en même temps, sa revitalisation peut contribuer à la création d'un meilleur environnement et constituer une partie de l'identité et de la dignité humaines.
Les participants ont suggéré des mesures pour résoudre les problèmes auxquels les pays arabes font face en matière de folklore et pour aboutir à une sauvegarde et une revitalisation du patrimoine culturel. Il a été suggéré qu'un plan de développement mondial soit mis au point pour le patrimoine traditionnel et populaire et qu'une législation appropriée soit adoptée pour la protection du patrimoine et des travailleurs du secteur. La sauvegarde de ce patrimoine doit être conçue comme un processus continu et des institutions permanentes doivent être établies pour apporter un soutien moral et financier à ses praticiens et autres intéressés. En outre, une priorité évidente pour assurer la continuité et la viabilité de cette culture serait l'introduction, dans les programmes scolaires, de cours ayant trait à la culture traditionnelle et populaire.
8. Rubrique 4: Vue d'ensemble des rapports-pays et des rapports de séminaires régionaux (séance plénière)
9. Dr. Richard Kurin a présenté une communication à propos des résultats préliminaires du questionnaire sur l'application de la Recommandation de 1989 que l’UNESCO avait distribué aux pays membres en 1994 (présent volume, 00-00). Ce sondage est le premier de son genre à examiner l'application de la Recommandation dans une perspective mondiale.
Les Commissions nationales pour l’UNESCO et d'autres institutions étaient chargées de remplir les formulaires. En règle générale, ceux qui ont répondu aux questions étaient bien versés dans le domaine du folklore de leur pays. En revanche, plusieurs ont indiqué qu'ils n'étaient pas bien informés, ce qui explique certaines erreurs qu'on retrouve dans le questionnaire. Le sens de quelques mots comme folklore, préservation, conservation avait posé problème et le niveau de détail dans les réponses variait considérablement.
Dr. Kurin a ensuite présenté les points saillants des résultats du sondage, y compris les données statistiques suivantes:
Les conclusions à tirer de ce sondage sont les suivantes: premièrement, il faut un meilleur sondage puisqu'il est extrêmement difficile de mesurer la culture. Deuxièmement, contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, il n'y a aucune corrélation entre le soutien apporté au folklore et le niveau de modernisation ou de développement d'un Etat (comme l'on s'y attendrait selon les perspectives modernistes ou post-modernistes). En somme, il s'agit là d'un domaine dont le niveau d'institutionnalisation, d'élaboration et de législation reste insuffisant. Bien que beaucoup de professionnels du folklore puissent préférer que la situation reste inchangée, celle-ci risque de poser des dangers compte tenu des défis économiques, sociologiques et matériels auxquels la pratique et l'existence du folklore sont confrontées.
10. Dr. Anthony Seeger a présenté un résumé des huit séminaires régionaux qui se sont tenus entre 1995 et 1999 pour évaluer l'application de la Recommandation dans les pays membres (présent volume, 00-00). Les réunions étaient généralement structurées de la même manière: un représentant de l’UNESCO donnait une vue d’ensemble de l'historique de la Recommandation et des questions à aborder; ensuite suivait un résumé de rapports synoptiques sur l'application de la Recommandation; enfin, le délégué de chaque pays présentait un bref rapport.
Des préoccupations communes ont été évoquées au cours de ces séminaires mais chaque région avait ses particularités. La région Amérique latine/Caraïbe a, par exemple, mis l'accent sur les questions de diversité culturelle et de multiculturalisme. La région Pacifique a évoqué la difficulté qu'il y a à distinguer le patrimoine tangible et l'intangible alors que l'Asie a souligné la nécessité de mettre en relief les cultures de haute cour ainsi que les autres cultures traditionnelles et le folklore. La notion d'identité a beaucoup évolué en Afrique au cours de la dernière décennie, l'accent étant sur l'acceptation d'une multiplicité d'identités plutôt que sur l'unité nationale. La région Europe de l'est/Europe centrale a aussi procédé à une analyse approfondie de l'importance de la culture traditionnelle dans l'identité nationale et, dans le même temps, a soulevé des questions importantes ayant trait à leur situation financière et au problème de la transition d'un système communiste à une économie de marché. L'Europe occidentale a souligné la nécessité de protéger la diversité culturelle face aux forces intellectuelles et créatives mondiales; les pays arabes ont aussi fait référence aux effets de la mondialisation et au défi qu’elle représente en matière de protection des identités culturelles. Plusieurs régions ont souligné l'importance des cultures traditionnelles pour l'ensemble de la culture contemporaine et l'usage insuffisant qu’on fait de telles connaissances à l'heure actuelle.
Quant à la Recommandation de 1989, les observations générales suivantes ont été faites: premièrement, celle-ci est un instrument important qui demande une plus grande diffusion. Beaucoup considèrent folklore comme un terme problématique auquel on peut prêter un sens péjoratif. Tout nouvel instrument devra lui trouver un substitut mais il n'y a pas encore eu de consensus autour du terme qui est censé le remplacer. Un nouvel instrument devrait inclure des aspects supplémentaires dont voici des exemples:
11. M. Anthony McCann a présenté une brève analyse réalisée par une équipe d'experts de la Smithsonian Institution sur l'application de la Recommandation de 1989 dans le contexte actuel (présent volume, 00-00). Il a déclaré que l'année 1999 était bien choisie pour procéder à un examen de la Recommandation et donner aux collectivités, aux organisations non-gouvernementales et intergouvernementales, entre autres, l'occasion de réévaluer le rôle de la Recommandation dans un contexte contemporain.
Un argument important soulevé à propos du texte de la Recommandation est que celui-ci est trop intégré aux institutions de documentation et d'archivage et vise ainsi à protéger les produits plutôt que les producteurs de la culture traditionnelle et du folklore. Il faut établir un équilibre entre la nécessité de documenter et celle de protéger les pratiques qui créent et nourrissent ce qui sera ensuite documenté. Les efforts de protection doivent, de ce fait, se centrer sur les collectivités elles-mêmes. Il a fait valoir qu'il serait nécessaire de procéder à une réévaluation et une critique du langage employé dans la Recommandation. L'emploi du mot fragilité par rapport aux cultures traditionnelles (orales) est une métaphore qui prête à confusion car elle laisse entendre qu'il s'agit de cultures moribondes plutôt que d'êtres humains bien vivants dont les formes d'expression émanant de la communauté sont en train d'être marginalisées par des forces qui relèvent de la volonté humaine. L'emploi du terme intangible doit aussi être revu puisqu'il donne l'impression qu'on traite les idées comme des objets (plutôt que comme base et résultats de pratiques vivantes) dans la mesure où ce sont les objets matériels qui peuvent être ou ne pas être susceptibles au toucher.
Le moment est venu d'accorder à ceux dont les pratiques créent et nourrissent cette culture la représentation qu'ils méritent. Reconnaître et respecter la participation active de praticiens communautaires à la production, transmission et préservation de leurs expressions et produits culturels est essentiel pour faire face aux défis et opportunités croissants dans les nouvelles rencontres et les nouveaux échanges culturels à l'échelle mondiale. La participation pleine et active des représentants culturels de la base, en collaboration avec les agents de l'Etat et les chercheurs, dans la prise de décisions concernant la mise au point et l'exécution d'actions de sauvegarde du folklore et de la culture traditionnelle est un pas essentiel vers une vie meilleure pour les communautés productrices.
12. M. James Early du Center for Folklife and Cultural Heritage de la Smithsonian a ensuite fait quelques remarques à propos de collaboration et de pertinence dans le cadre de la Recommandation de 1989. Il a fait remarquer que la Recommandation ne fait pas état de l'auto-motivation des collectivités et a invoqué la nécessité d'une plus grande collaboration avec celles-ci pour nous permettre d'apprendre comment elles documentent et transmettent leur culture et les modifications qu'elles peuvent y apporter. Quant à la notion de pertinence, il a souligné l'importance des pratiques culturelles sur les plans historique et contemporain et a cité l'exemple de l'Afrique du Sud où des centaines de tradi-praticiens ont rencontré des médecins formés en médecine occidentale afin d'explorer des possibilités de collaboration.
13. Débat
On passa ensuite aux débats auxquels l'auditoire prit part.
Un participant a souligné la tendance à employer un langage de recherche qui sépare un élément culturel de la conscience qui l'a produit. Il a décrit la disparition des chants de rameurs aux Philippines avec l'introduction des bateaux à moteur pour illustrer un exemple de lien entre la pratique et une plus grande conscience. Il a, en outre, souligné l'ironie dans le fait que les chercheurs sur le terrain altèrent la vérité de leurs recherches en posant des questions.
Un autre participant a ajouté qu'il nous faut non seulement demander aux communautés ce qu'elles savent mais aussi comprendre comment elles donnent un sens aux choses et appliquent leur savoir au quotidien. Il a ensuite souligné l'impossibilité de séparer les expressions culturelles du contexte économique.
Un participant a fait état de sa préférence pour la connaissance d'une communauté et de sa culture traditionnelle fondée sur une perspective intérieure et extérieure (voire même d'un point très éloigné de sa sphère culturelle), en fait sur plusieurs perspectives et non simplement sur celle d'une seule culture ou communauté.
Un autre participant a ajouté que nous reconnaissons sans doute les domaines de conflit quand nous parlons du concept de culture (Islam et Christianisme, par exemple). Il a cité, comme exemple, un conflit entre une tradition ghanéenne qui interdit tout battement de tam-tam pendant les trois semaines précédant un festival et le désir des membres d'une certaine église de battre le tam-tam à l'église pendant la période d'interdiction.
Un autre participant a ajouté que la préservation culturelle touche toutes les religions qui peuvent être vues comme des messages condensés de traditions qui sont transmises d'une génération à une autre afin d'être décodées. Cela n'exclut pas d'autres traditions telles que la musique ou la danse. Le problème qui se pose de nos jours est celui du progrès et des efforts à entreprendre contre les effets du progrès qui détruit une partie de l'histoire et de la culture des peuples.
Un participant qui s'est présenté comme un artiste amérindien a souligné que beaucoup de gens vivent sur des terres tribales au Nouveau-Mexique avec une affiliation tribale, nationale et ethnique. Il a ensuite ajouté que les discours indiquent toujours une séparation entre nous (experts et administrateurs) et eux (membres de la communauté) plutôt que de reconnaître que tout le monde contribue à la recherche de solutions. Pourquoi chaque experte ou expert n'emmenerait-il pas à la prochaine réunion un vrai praticien de la tradition?
Un autre participant a convenu qu'il s'agit d'un facteur très important et a souligné que lors d'une réunion au Canada, elle a rencontré des autochtones qui étaient en voie d'extinction et se sentaient très isolés. Ces cultures menacées cherchent à survivre en quittant leur isolement.
Un participant a souligné qu'on a beaucoup entendu parler de la protection des cultures intangibles mais que cela ne devrait pas laisser entendre que la culture tangible est bien protégée. Par exemple, les lois sur la propriété intellectuelle n'apportent aucune protection à la culture tangible des Aborigènes d'Australie. La culture intangible est, certes, plus vulnérable mais les éléments tangibles ne doivent pas être oubliés.
A cela, un autre participant a répondu que, quand nous parlons des langues différentes, nous pouvons avoir beaucoup de mal à arriver à la même idée, à en comprendre la signification et à définir le sujet. Ainsi par exemple, on ne fait pas, dans la région Pacifique, la distinction entre cultures tangible et intangible. Il importe, cependant, d'arriver à un consensus.
Un participant a soulevé deux questions: premièrement, au cours de la dernière décennie qui a suivi l'adoption de la Recommandation, le nombre de titulaires transnationaux de propriété intellectuelle a considérablement baissé, ce qui concentre les titres de propriété intellectuelle en très peu d'entités; deuxièmement: en ce qui concerne les lois régissant la culture traditionnelle, le folklore et la propriété intellectuelle, il faut noter qu'elles ne tiennent compte ni de plusieurs éléments importants ni du langage qui définit le monde dans lequel nous évoluons. Les débats au niveau des groupes de travail devraient traiter de ces questions.
Groupes de travail
14. Rubrique 6: Discussions thématiques (Groupes de travail)
A la suite de la séance plénière de la Conférence, les participants et quelques observateurs se sont, pendant une journée et demi, scindés en trois groupes de travail pour se pencher sur les thèmes suivants:
Groupe I: Patrimoine culturel intangible par rapport au patrimoine culturel tangible et naturel et son rôle dans la résolution des problèmes locaux et nationaux liés aux préoccupations contemporaines majeures telles que l'identité culturelle, le genre, le développement humain viable, la mondialisation, la coexistence pacifique de groupes ethniques, la prévention de conflits, les cultures de jeunesse, l'évolution des nouvelles technologies de communication et d'information, la dégradation de l'environnement, etc...
Participants:
M. Ralph, Regenvanu, Vanuatu - Président
M. Russel Collier,
Gitxsan, Canada - Rapporteur
Mme Robyne Bancroft,
Australie
M. Mihály Hoppál,
Hongrie
M. Miguel Puwainchir,
Equateur
Dr. Mahaman
Garba, Niger
M. Rachid El
Houda, Maroc
Dr. Junzo Kawada,
Japon
Mme Stepanida
Borisova, Russie
M. Andy Abeita,
Isleta Pueblo, USA
M. Rajeev Sethi,
Inde
Groupe II: Protection juridique du patrimoine culturel intangible aux niveaux national et local
Participants:
Mme Manuela da Cunha, Brésil, Présidente
Dr. Tressa Berman,
USA - Rapporteur
Mme Lyndel Prott,
UNESCO
Dr. Grace Koch,
Australie
Prof. Kamal
Puri, Australie
Commissaire
Preston Thomas, Australie
Prof. Peter
Jaszi, USA
Dr. Janet Blake,
Ecosse, Royaume-Uni
M. Brad Simon,
USA
Mme Pualani
Kanaka'ole Kanahele, USA
Groupe III: Politiques locales, nationales, régionales et internationales, notamment en matière de transmission, revitalisation et documentation du patrimoine culturel intangible.
Participants:
Prof. Kwabena Nketia, Ghana - Président
Mme Sivia Tora,
Fiji - Rapporteur
Dr. Gail Saunders,
Bahamas
Mme Zulma Yugar,
Bolivie
Mme Khurshida
Mambetova, Ouzbékistan
Dr. Florentine
Hornedo, Philippines
Dr. Osamu Yamaguti,
Japon
M. Renato Matusse,
Mozambique
M. Jean Guibal,
France
Mme Vlasta Ondrusova,
République Tchèque
M. Mohseb Shaalan,
Egypte
Prof. Heikki
Kirkinen, Finlande
M. Namankoumba
Kouyaté, Guinée
Mme Juana Nunez,
Cuba
Rapports
des groupes de travail, propositions de projets-pilotes
et mise au point
du plan d'action
15. Rubrique 7: Rapports des séances thématiques et recommandations de groupes (plénière)
Après avoir travaillé séparément au cours de la deuxième journée, les trois groupes de travail ont présenté leurs recommandations en séance plénière le troisième jour de la conférence. Les rapports ont pris les formes suivantes:
Groupe I: Une recommandation à l'intention des gouvernements et selon laquelle ceux-ci devraient apporter un soutien actif aux communautés dans la création, la transmission, l'autorisation et l'attribution du savoir et du savoir-faire traditionnels conformément aux désirs des communautés et aux normes internationales en vigueur en matière de droits de l'homme. Trois actions que les gouvernements devraient envisager et douze domaines qui demandent une étude plus approfondie de la part des experts ont été notées [voir appendice 4].
Groupe II: Il a examiné cinq domaines liés à la protection de la culture traditionnelle et fait des recommandations qui ont été incorporées dans le plan d'action final de la conférence [voir appendice 5].
Groupe III: Il a proposé sept recommandations aux gouvernements des pays membres et neuf recommandations à l’UNESCO sur la base des discussions au sein du groupe et d’un ensemble de neuf points qui ont été identifiés au début de la réunion [voir appendice 6].
Les rapports et recommandations des trois groupes de travail ont été présentés en séance plénière par le président et le rapporteur de chaque groupe. Ces rapports y ont ensuite été discutés et approuvés.
16. Rubrique 8: Coopération internationale: présentation de projets-pilotes (plénière)
Mme Aikawa a présenté une proposition pour cinq projets-pilotes de coopération internationale et interrégionale. Sur la base des recommandations formulées par la majorité des séminaires régionaux et sous-régionaux, le Secrétariat de l’UNESCO a rédigé l'avant-projet qu'il va ensuite étoffer et présenter aux organismes de financement, fondations et Etats membres susceptibles de fournir des contributions financières volontaires à l’UNESCO. Parmi ces projets, il faut noter:
Les participants ont été invités à faire d'autres suggestions à l’UNESCO à propos de ces projets-pilotes.
17. Rubrique 9: Présentation et approbation du projet de plan d'action pour la sauvegarde et la revitalisation du patrimoine culturel intangible; rapport final (plénière) [présent volume 00-00]
Un comité a été mis sur pied le soir du 29 juin pour rédiger le projet de plan d'action. Il était composé des participants suivants:
Dr. Florentine Hornedo
- Présidente
Dr. Grace Koch
- Rapporteur
M. Andy Abeita
Dr. Tressa Berman
Mme Manuela
Carneiro da Cunha
M. Rachid El
Houda
Dr. Junzo Kawada
Mme Kurshida
Mambetova
M. Ralph Regenvanu
M. Rajeev Sethi
18. La présidente et le rapporteur du comité de rédaction ont présenté le projet de plan d'action à la séance plénière. Après avoir intégré les recommandations des groupes de travail dans le projet de plan d'action, l'assemblée l'a longuement débattu, l'a modifié et l’a, finalement, approuvé dans sa version révisée. Le rapport final a été lu par le rapporteur, Dr. Janet Blake, et approuvé à l'unanimité par les participants.
19. Dr. Richard Kurin et M. Mounir Bouchenaki ont prononcé les allocutions de clôture et remercié tous les participants pour leurs contributions enrichissantes et constructives à la conférence.
Appendice I: Ordre du jour
I. Ouverture de la conférence
II. La Recommandation de l’UNESCO sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et du folklore (1989): actions de l’UNESCO pour sa mise en application (séance plénière)
III. Rapports des huit séminaires régionaux et sous-régionaux (plénière)
IV. Vue d’ensemble des rapports/pays et des rapports de séminaires régionaux (plénière)
V. Analyse de la Recommandation de 1989 dans le contexte actuel – Aspects positifs et négatifs
VI. Discussions thématiques (Groupes de travail)
A. Patrimoine culturel intangible par rapport au patrimoine culturel tangible et naturel et son rôle dans la résolution des problèmes locaux et nationaux liés aux préoccupations contemporaines majeures telles que l'identité culturelle, le genre, le développement humain viable, la mondialisation, la coexistence pacifique de groupes ethniques, la prévention de conflits, les cultures de jeunesse, l'évolution des nouvelles technologies de communication et d'information, la dégradation de l'environnement etc...
B. Protection juridique du patrimoine culturel intangible aux niveaux national et local
C. Politiques locales, nationales, régionales et internationales, notamment en matière de transmission, revitalisation et documentation du patrimoine culturel intangible.
VII. Rapports des séances thématiques y compris les recommandations de groupes (plénière)
VIII. Coopération internationale: présentation du plan d’action et des projets-pilotes
IX. Présentation du plan d’action et du rapport finals (plénière)
Appendice 2: Ordre du jour annoté
I. HistoriqueLa Conférence générale de l'UNESCO a adopté, à sa 25e session (novembre 1989), la Recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire (texte intégral ci-joint). Cet important instrument est issu du principe que la culture traditionnelle et populaire fait partie du patrimoine universel de l'humanité, et qu'à ce titre elle peut être un puissant moyen de rapprochement des différents peuples et groupes sociaux et d'affirmation de leur identité culturelle. Ils ont souligné son importance sociale, économique, culturelle et politique dans le contexte culturel passé et présent. En outre, la culture traditionnelle et populaire, dont certaines formes sont par définition très fragiles, fait partie intégrante du patrimoine culturel et de la culture vivante. L'adoption de la recommandation visait à encourager divers gouvernements à jouer un rôle décisif en adoptant des mesures notamment législatives, conformément aux pratiques constitutionnelles de chacun d'entre eux, afin d'assurer la préservation et la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire. Compte tenu des bouleversements qui n'épargnent aucune région du monde, cette tâche reste plus que jamais d'actualité.
La Recommandation comprend sept chapitres: (i) définition, (ii) identification, (iii) conservation, (iv) préservation, (v) diffusion, (vi) protection et (vii) coopération internationale. La "culture traditionnelle et populaire" est “l'ensemble des créations émanant d'une communauté culturelle fondées sur la tradition, exprimées par un groupe ou par des individus et reconnues comme répondant aux attentes de la communauté en tant qu'expression de l'identité culturelle et sociale de celle-ci, les normes et les valeurs se transmettant oralement, par imitation ou par d'autres manières. Ses formes comprennent, entre autres, les langues, la littérature, la musique, la danse, les jeux, la mythologie, les rites, les coutumes, l'artisanat, l'architecture et d'autres arts".
En février 1990, le Directeur général de l'UNESCO a adressé aux Etats membres une lettre circulaire les invitant à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la mise en oeuvre de la Recommandation. Aux termes de l'article IV, paragraphe 4, de l'Acte constitutif de l'UNESCO, chaque Etat membre soumettra les recommandations ou conventions adoptées par l'Organisation aux autorités nationales compétentes, dans le délai d'un an à compter de la clôture de la session de la Conférence générale au cours de laquelle elles auront été adoptées. En 1991, cependant, seuls six pays avaient soumis des rapports spéciaux sur les mesures prises pour mettre en oeuvre la Recommandation. En outre, ces rapports se limitaient à affirmer la pertinence de la législation nationale en vigueur et à signaler des mesures particulières destinées à familiariser les autorités nationales compétentes avec les dispositions de la Recommandation.
Afin de procéder à une évaluation systématique de l'application de la Recommandation, ainsi que des activités de sauvegarde et de revitalisation du patrimoine culturel immatériel dans les Etats membres, l'UNESCO a lancé, entre 1995 et 1999, une série d'enquêtes région par région. Au total, huit séminaires régionaux ont été organisés, comme suit: (i) Straznice, République tchèque (juin 1995), pour l'Europe centrale et orientale; (ii) Mexico, Mexique (septembre 1997), pour l'Amérique latine et la Caraïbe; (iii) Tokyo, Japon (février-mars 1998), pour l'Asie; (iv) Joensuu, Finlande (septembre 1998), pour l'Europe occidentale; (v) Tashkent, République d'Ouzbékistan (octobre 1998), pour l'Asie centrale et le Caucase; (vi) Accra, Ghana (janvier 1999), pour l'Afrique; (vii) Nouméa, Nouvelle-Calédonie (février 1999), pour le Pacifique; et (viii) Beyrouth, Liban (mai 1999), pour les Etats arabes.
La présente Conférence est le point culminant de ces séminaires régionaux. Son principal objectif est d'évaluer la situation dans le monde et de dégager les perspectives d'avenir en ce qui concerne la Recommandation de 1989 sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire. Le patrimoine culturel immatériel est à la fois riche et varié; pourtant, pour diverses raisons, de nombreux producteurs de culture traditionnelle et populaire abandonnent leurs arts ou cessent de les transmettre aux jeunes générations. A cause de cela, il y a une grande menace de disparition de nombreux aspects de la culture traditionnelle et populaire dans le monde. D'où la nécessité de prendre d'urgence des mesures pour en assurer la préservation et la revitalisation tant pour les générations actuelles que pour celles à venir.
II. Objectifs de la ConférenceLes objectifs de la Conférence sont issus des résultats des séminaires régionaux qui proposent de:
III.Organisation de la Conférence1. Faire le point de la situation actuelle en matière de sauvegarde et de revitalisation du patrimoine culturel immatériel dans le monde aujourd'hui;
2. Analyser les relations entre le patrimoine culturel immatériel, le patrimoine culturel matériel (physique) et le patrimoine naturel, ainsi que le rôle que le premier joue dans la résolution des problèmes locaux et nationaux touchant à d'importantes préoccupations de notre époque, telles que l'identité culturelle, les questions liées aux femmes, le développement humain durable, la mondialisation, la coexistence pacifique de différents groupes ethniques, la prévention des conflits, les cultures des jeunes, l'évolution des nouvelles technologies de la communication et de l'information, la dégradation de l'environnement, etc.;
3. Examiner la protection juridique du patrimoine culturel immatériel à l'échelle locale et nationale;
4. Suggérer des politiques locales, nationales et internationales, concernant en particulier la transmission, la revitalisation et la documentation dans le domaine du patrimoine culturel immaterial;
5. Discuter les mesures futures d'application de la Recommandation de 1989;
6. Encourager la coopération internationale par le biais de l'élaboration de stratégies futures et de projets pilotes.
Après une introduction à la Conférence, un aperçu des mesures prises par l'UNESCO pour assurer la mise en oeuvre de la Recommandation de 1989 (points 1 et 2 de l'ordre du jour; 1er jour) sera présenté aux participants. La Conférence continuera avec une brève discussion sur les conclusions des réunions régionales (points 3 et 4 de l'ordre du jour; 1er jour), avant de se scinder en trois groupes de travail pour un examen approfondi des thèmes définis au point 6 de l'ordre du jour (1er et 2e jours). Les points 7 à 10 seront abordés en plénière (3e jour).
A. Rapports des huit conférences régionalesLes étapes de la procédure suivie pour mener les enquêtes régionales ont été les suivantes: (i) l'UNESCO a identifié comme partenaire dans chaque région une institution spécialisée; (ii) en tenant compte des spécificités régionales, l'UNESCO a établi un questionnaire concernant l'application de la Recommandation; (iii) l'UNESCO a distribué ce questionnaire aux Commissions nationales des Etats membres concernés, en leur demandant de prendre les mesures nécessaires pour faire que ce questionnaire soit dûment rempli; (iv) sur la base des réponses reçues, l'UNESCO et l'institution partenaire ont établi des statistiques et élaboré un rapport global évaluant le degré de mise en oeuvre de la Recommandation. Ces rapports se sont révélés très utiles dans tous les séminaires régionaux, donnant lieu à des débats fructueux, à de nombreuses recommandations et à des conclusions concrètes.
B. Aperçu des rapports régionaux: Evaluation mondiale
Les rapports régionaux, qui se concentrent sur les tendances, aspects, difficultés et interrogations aux niveaux local et national, illustrent tant la situation actuelle que les perspectives d'avenir du patrimoine culturel immatériel. Un aperçu d'ensemble de ces rapports permettra, par conséquent, de savoir ce qui a été fait ou non dans les Etats membres de l'UNESCO au cours des dix années qui ont suivi l'adoption de la Recommandation, ainsi que de définir ce qui doit être entrepris dans l'avenir.
A la demande de l'UNESCO, la Smithsonian Institution a établi, à partir des rapports régionaux sur l'application de la Recommandation de 1989 de l'UNESCO, un rapport de synthèse mondial, ainsi que des statistiques, qui seront envoyés par courrier à tous les participants avant la tenue de la Conférence.
C. Analyse de la Recommandation de 1989 dans le contexte d'aujourd'hui: aspects positifs et négatifsDepuis que se sont atténuées les tensions bipolaires entre l'Est et l'Ouest en 1989, le monde a subi d'importantes transformations politiques, économiques et socio-culturelles. En outre, les nouvelles technologies apparues facilitent la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tout en posant un défi dans ce domaine. Toutefois, malgré ces immenses progrès, un certain nombre de problèmes ont surgi. Ainsi, le moment est-il venu d'évaluer les aspects positifs et négatifs de la Recommandation dans le contexte d'aujourd'hui.
La Smithsonian Institution a entrepris d'élaborer un document sur la Recommandation de 1989 qui sera distribué aux participants avant la Conférence.
D. Discussions thématiques (groupes de travail)Groupe I. Le patrimoine culturel immatériel et physique, le patrimoine naturel et le rôle que le patrimoine immatériel peut jouer dans la résolution des problèmes locaux et nationaux touchant aux grandes préoccupations de notre époque, telles que l'identité culturelle, les questions liées aux femmes, le développement humain durable, la mondialisation, la coexistence pacifique de différents groupes ethniques, la prévention des conflits, les cultures des jeunes, l'évolution de nouvelles technologies de communication et d'information, la dégradation de l'environnement, etc.
Voici quelques thèmes susceptibles d'être abordés:
Patrimoine culturel matériel et immatériel et patrimoine naturel. L'UNESCO s'est rendue célèbre par ses actions prises en vue de sauvegarder de grands monuments historiques, tels que les temples d'Abou Simbel en Egypte. La "Liste du patrimoine mondial", activité phare de l'UNESCO pendant les années 90, réunit dans une convention unique le "patrimoine naturel" et le "patrimoine culturel matériel" (monuments et sites). En novembre 1998, les Etats membres de l'UNESCO, pour qui le "patrimoine culturel" s'était jusque-là borné au "patrimoine culturel matériel", sont convenus d'étendre cette notion au "patrimoine culturel immatériel".
A sa 155e session (novembre 1998), le Conseil exécutif de l'UNESCO a approuvé un nouveau projet relatif à la proclamation des "chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité". L'approbation de ce projet témoigne du fait que nombreux Etats membres de l'UNESCO, pour lesquels "patrimoine culturel" signifiait surtout "patrimoine culturel matériel (physique),” ont accepté un sens plus large, incluant le patrimoine à la fois matériel et immatériel. De fait, patrimoine matériel et patrimoine immatériel ont toujours été intimement liés, le premier donnant un sens au second et le second un support matériel au premier. Les exemples suivants illustreront ce point: (i) la longue frise d'Angkor Vat, qui dépeint l'histoire de la légendaire épopée du Ramayana vieille de 1.500 ans; (ii) la danse de la Cour khmère, qui reflète, aujourd'hui encore, le style de danse déployé par les belles Apsaras ("demi-divinités") sur les bas-reliefs en pierre du temple; et (iii) la symbolique, les techniques et la qualité artistique des ornementations murales traditionnelles de l'architecture mauritanienne en terre, qui ont été transmis de mère en fille à travers les siècles. En outre, le patrimoine naturel ou paysager, tel que les chutes Victoria (Mosi-oa-Tunya) en Zambie et au Zimbabwe, a donné naissance à un certain nombre de traditions orales, de mythes et d'épopées, qui lui confèrent une dimension culturelle.
Une approche intégrée, qui prenne en compte les aspects à la fois matériels et immatériels, est donc nécessaire pour assurer la sauvegarde du patrimoine immatériel. En outre, il est indispensable aujourd'hui de doter les populations locales de moyens qui leur permettront de participer à l'adoption de mesures visant à sauvegarder leur patrimoine culturel immatériel. Il faut, pour cela, leur dispenser une formation appropriée en matière de gestion du patrimoine, qui souligne l'intégration des patrimoines matériel et immatériel.
Identité collective. "La culture traditionnelle et populaire" (patrimoine culturel immatériel) peut jouer un rôle important dans la résolution des problèmes locaux et nationaux touchant aux grandes préoccupations de notre époque. Ainsi, pour de nombreuses populations, le patrimoine culturel immatériel n'a cessé de jouer un rôle vital dans l'affirmation et l'expression de l'identité collective, elle-même profondément ancrée dans l'histoire. Les cosmologies, croyances et valeurs, véhiculées par les langues, les traditions orales et diverses manifestations culturelles, constituent souvent les fondements de la vie de la communauté. En outre, dans beaucoup de pays, l'affirmation de l'identité culturelle, fondée sur la culture traditionnelle et populaire locale, a joué un rôle à part entière dans le processus d'édification de la nation au lendemain de la période coloniale.
Questions liées aux femmes. Dans beaucoup de sociétés de par le monde, les femmes ont toujours joué un rôle vital dans la sauvegarde et la transmission des traditions, des règles de conduite et des savoir-faire, qu'elles considèrent comme indispensables au maintien de la cohésion familiale et de la position sociale. Entrent dans cette catégorie le code moral, les contes, les histoires orales, les chansons, la musique, les langues, le chamanisme, les pratiques rituelles et les savoir-faire culinaires. Dans la production de culture matérielle, où un certain symbolisme, une qualité artistique et une dextérité manuelle particuliers s'expriment notamment dans la broderie, le tissage, la confection de tapis et la construction d'habitats, les femmes ont su non seulement conserver et transmettre les méthodes et les pratiques traditionnelles, mais aussi les adapter de façon novatrice en y intégrant des éléments modernes, en créant des matériaux et des formules techniques nouvelles.
Développement durable. Le succès du développement humain durable implique l'adaptation des stratégies de développement au contexte socio-culturel d'une société donnée. Il est donc vital d'observer et d'analyser les systèmes socio-économiques locaux ainsi que les modes de pensée et de comportement et les méthodes de production traditionnelles, tels que ceux transmis oralement. En outre, certaines expressions de la culture traditionnelle et populaire peuvent contribuer au développement économique en mettant en valeur l'industrie culturelle, notamment dans les domaines des arts d'interprétation et de l'artisanat.
Mondialisation. La mondialisation actuelle de la vie économique, politique et sociale, accélérée par le progrès des technologies de l'information et de la communication, a produit une interpénétration et un amalgame culturels. Par conséquent, les cultures majoritaires ont, de plus en plus, absorbé leurs compléments minoritaires, menaçant ainsi la diversité culturelle. C'est pourquoi l'on affirme souvent que la mondialisation a contribué à accroître l'uniformité culturelle. La revitalisation du patrimoine culturel immatériel, propre à chaque communauté, aidera donc à préserver les cultures locales, dont le renforcement est indispensable à la perpétuation de la diversité culturelle dans le monde. Cette diversité, fondée sur la coexistence pacifique des différents groupes ethniques, est une condition préalable à l'avènement d'un système multiculturel, élément fondamental de la paix mondiale, dont la construction est une tâche primordiale de l'UNESCO et des Nations Unies.
Technologie. Certes, le progrès rapide des technologies de l'information et de la communication a peut-être causé du tort à de nombreuses cultures traditionnelles et populaires locales. Mais ces technologies sont indispensables à la préservation et à la mise en valeur de ce patrimoine. En outre, il ne faut pas oublier que la culture n'est pas statique, mais en constante évolution. Les nouvelles technologies ont fait progresser la communication et l'information, favorisant l'émergence de formes nouvelles et variées d'expressions culturelles métissées. Enfin, il est impératif de reconnaître que les jeunes, qui sont les plus sensibles au progrès technologique, possèdent et continueront de produire leurs propres formes artistiques qui, à leur tour, viendront à faire partie d'un nouveau patrimoine; tel est le cas, par exemple, de la musique ethno-techno. Nous devons donc rester constamment attentifs à l'évolution culturelle.
Conflits ethniques. Le nombre de conflits ethniques ne cesse de croître dans le monde. Pour lutter contre cette tendance, les représentants de pays d'Afrique et du Pacifique, qui ont participé aux séminaires régionaux d'Accra (janvier 1999) et, respectivement, de Nouméa (février 1999), ont manifesté un vif désir de revenir à la sagesse et au savoir traditionnels comme moyens de prévention des conflits.
Protection de l'environnement. La dégradation de l'environnement dans le monde pose de sérieux problèmes non seulement aux communautés locales, dont elle menace les ressources, la culture et le mode de vie traditionnels, mais aussi à la planète tout entière. Des mesures concrètes sont donc nécessaires pour lutter contre cette dégradation. Cependant, la revitalisation des savoirs, des savoir-faire et des pratiques traditionnels, qui visent à réguler l'exploitation des ressources naturelles par l'institution, par exemple, de tabous en matière de pêche et de chasse, dépend dans une large mesure de la relation entre la population et l'environnement; elle peut, à son tour, être utile dans la lutte contre les risques liés à l'environnement.
Groupe II. Protection juridique du patrimoine culturel immatériel à l'échelle locale et nationaleLa culture traditionnelle et populaire est, de par sa nature même, très variée et parfois menacée d'extinction. Les mesures législatives peuvent assurer la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans le monde entier, accordant une protection systématique aux niveaux à la fois local et national. Cette protection doit embrasser non seulement le patrimoine culturel immatériel lui-même, mais aussi les hommes qui sont porteurs de ces cultures traditionnelles et populaires.
La culture traditionnelle et populaire peut aussi faire facilement l'objet d'une appropriation et d'une exploitation commerciale par les membres de communautés autres que celles qui l'ont créée. Il est impératif de protéger les droits sui generis de l'expression traditionnelle et populaire lorsqu'elle est utilisée par des tiers ou à d'autres fins. Lors de l'établissement d'un tel système de protection, il convient de veiller en particulier à ce que des avantages matériels soient accordés aux populations qui ont donné naissance à l'expression culturelle en question.
Groupe III. Politiques locales, nationales, régionales et internationales concernant en particulier la transmission, la revitalisation et la documentation dans le domaine du patrimoine culturel immatériel
Le rôle de l'UNESCO, en tant qu'organisation intergouvernementale, est d'inciter les gouvernements membres à prendre des mesures en conformité avec les décisions de sa Conférence générale. L'UNESCO a donc pour tâche primordiale de sensibiliser les décideurs au sein des gouvernements membres et leurs stratèges au fait qu'il est urgent de sauvegarder et de revitaliser le patrimoine culturel immatériel du monde. Une évaluation est nécessaire afin d'élaborer des politiques locales, nationales et internationales, qui mettent l'accent en particulier sur la transmission, la revitalisation et la documentation de ce patrimoine. L'objectif est d'aider chaque gouvernement à établir des politiques appropriées à cet égard ou de promouvoir la coopération régionale ou internationale pour encourager cet effort.
E. Rapport des groupes de travail, incluant leurs recommandationsLes groupes de travail sont invités à se réunir en plénière afin d'examiner et de confronter les idées et les recommandations issues des différentes séances de travail.
F. Rôle futur de la Recommandation de 1989 au sein des Etats membres de l'UNESCOLa Recommandation existe depuis dix ans. Nous sommes conscients de la situation passée et présente et devons maintenant envisager les perspectives d'avenir. Plus précisément, il est temps d'évaluer le rôle futur de la Recommandation au sein des Etats membres de l'UNESCO afin d'assurer la sauvegarde et la revitalisation du patrimoine culturel immatériel mondial. Tandis que certains Etats membres de l'UNESCO considèrent que le moment est venu pour l'UNESCO de réviser la Recommandation de 1989, ou d'en créer une nouvelle, d'autres proposent d'élaborer une convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur le modèle de la Convention du patrimoine mondial (1972), qui s'applique actuellement uniquement au patrimoine matériel (culturel et naturel). De toute manière, il est prématuré de décider quelle forme devrait prendre une telle convention: il est plutôt nécessaire de développer un régime sui generis différent applicable aux aspects spécifiques de cette forme particulière de patrimoine. Une autre suggestion est d'amender la Convention du patrimoine mondial, mais l'amendement de la Convention a été pour le moment rejeté (étude à l'occasion du 20e anniversaire de la Convention) et, pour les raisons mentionnées, ne semble pas être une bonne solution. D'autres analogies ont été suggérées telles que le régime de la propriété intellectuelle: l'OMPI et l'UNESCO ont étudié les perspectives d'une protection sui generis.
G. Coopération internationale: Stratégies futures et projets pilotes
Pendant la Conférence, les participants sont censés identifier les problèmes et les défis pour les années à venir et formuler des stratégies à moyen terme de coopération internationale visant à la sauvegarde et à la revitalisation du patrimoine culturel immatériel dans le monde entier. Ces stratégies pourraient aider à définir l'orientation future du programme de l'UNESCO concernant le patrimoine culturel immatériel, ses priorités, les approches et les méthodes de travail appropriées. Il est à espérer que ces stratégies incluront des mesures concrètes pour améliorer à la fois l'application et l'efficacité de la Recommandation de 1989.
H. Présentation des recommandations finalesLes participants à la Conférence sont invités à élaborer et à présenter diverses recommandations concernant l'orientation future ou le renforcement de la Recommandation de 1989, à l'intention de l'UNESCO, de ses Etats membres et des institutions spécialisées telles que la Smithsonian Institution.
Appendice 3: Participants, personnel, chercheurs-boursiers et stagiaires
ParticipantsAndy P. Abeita
Président
Council for
Indigenous Arts and Culture
Peralta, Nouveau-Mexique
U.S.A.
Noriko Aikawa
Directeur
Section Patrimoine
culturel intangible
Direction Patrimoine
culturel
UNESCO
Robyne Bancroft
Australian National
University
Canberra
Australie
Tressa Berman
Arizona State
University West
Phoenix, Arizona
U.S.A.
Janet Blake
Faculté de droit
University of
Glasgow
Glasgow, Ecosse
Royaume-Uni
Stepanida Borisova
Ministère de
la culture
République de
Sakha (Iakoutie)
Iakoutsk
Fédération Russe
Mounir Bouchenaki
Directeur
Centre du patrimoine
mondial et du patrimoine culturel
UNESCO
Manuela Carneiro da
Cunha
Professeur d’anthropologie
University of
Chicago
Chicago, Illinois
U.S.A.
Russell Collier
Strategic Watershed
Analysis Team
(Equipe d’analyse
stratégique du bassin-versant)
Nation Gitxsan
Hazelton, Colombie
Britannique
Canada
Rachid El Houda
Architecte,
DPLG
Marrakech
Maroc
Mahaman Garba
Ethnomusicologue
Centre de formation
et de promotion musicale
Niamey
Niger
Jean Guibal
Directeur
Musée Dauphinois
Grenoble
France
Mihály Hoppál
Directeur
Centre européen
de culture traditionnelle
Budapest
Hongrie
Florentino H. Hornedo
Faculté des
Arts & Sciences
Ateneo de Manila
University
Quezon City,
Manila
Philippines
Peter Jaszi
Washington College
of Law
Washington,
DC
U.S.A.
Pualani Kanaka’ole
Kanahele
La Fondation
Edith Kanaka’ole
Hilo, Hawai’i
U.S.A.
Junzo Kawada
Professeur d’anthropologie culturelle
Hiroshima City University
Hiroshima
Japon
Heikki Kirkinen
Vice-président
European Academy of Arts, Sciences & Humanities
University of
Joensuu
Joensuu
Finlande
Grace Koch
Administrateur
des archives
Australian Institute
of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies
Canberra
Australie
Namankoumba Kouyaté
Chargé d’Affaires
A.I.
Ambassade de
la République de Guinée
Bonn
Allemagne
Kurshida Mambetova
Chef de la direction
Culture
Commission nationale
de l’UNESCO de la République d’Ouzbékistan
Tashkent
Ouzbékistan
Renato Matusse
Secrétaire permanent et Secrétaire général
Southern African Development Community (SADC)
Maputo
Mozambique
J.H. Kwabena Nketia
Directeur
International
Centre for African Music & Dance (Centre international de musique et danse
africaines)
University of
Ghana
Legon, Accra
Ghana
Mamiko Ogawa
Service des affaires culturelles
Ministère des affaires étrangères
Tokyo
Japon
Vlasta Ondrusova
Directeur-adjoint
Institute of
Folk Culture (Institut du folklore)
Straznice
République Tchèque
Lyndel Prott
Directeur, Service
des normes internationales
Direction du
patrimoine culturel
UNESCO
Kamal Puri
Professeur de
droit
The University
of Queensland
Brisbane, Queensland
Australie
Miguel Puwainchir
Alcalde
Municipio de
Humboya
Prov. De Moronal
Santiago (Amazonie)
Equateur
Ralph Regenvanu
Commissaire
Centre culturel
de Vanuatu
Port Vila
Vanuatu
Gail Saunders
Directrice
Section Archives
Nassau
Bahamas
Rajeev Sethi
Directeur, Rajeev
Sethi Scenographers, Pvt. Ltd.
New Delhi
Inde
Mohsen Shaalan
Ministère de
la culture
Caire
Egypte
Samantha Sherkin
Consultant
Section Patrimoine
culturel intangible
Direction Patrimoine
culturel
UNESCO
Juana Silvera Nuñez
Présidente
Comisision Nacional
Cubana de la UNESCO
La Havane
Cuba
Brad Simon
Directeur des affaires juridiques et économiques
Shockwave.com
Preston Thomas
Commissaire
Aboriginal &
Torres Strait Islander Commission
Phillip
Australie
Sivia Tora
Secrétaire permanent
Ministère des
femmes, de la culture et des affaires sociales
Suva
Fiji
Osamu Yamaguti
Professeur de
musicologie
Osaka University
Osaka
Japon
Zulma Yugar
Directora General
de Promocion Cultural
Viceministerio
de Cultura
La Paz
Bolivie
Mary Jo Arnoldi, Smithsonian Institution
Alberta Arthurs, The Rockefeller Foundation
Barry Bergey, National Endowment for the Arts (Fonds national des arts)
Francine Berkowitz, Smithsonian Institution
Gigi Bradford, Center for Arts and Culture, Washington, DC
Rachelle Browne, Smithsonian Institution
Peggy Bulger, American Folklife Center, Bibliothèque du Congrès
Olivia Cadaval, Smithsonian Institution
Shelton Davis, Banque mondiale
Kreszentia Duer, Banque mondiale
William Ferris, National Endowment for the Humanities (Fonds national des sciences humaines)
Arlene Fleming, Banque mondiale
Cecile Goli, UNESCO
Charlotte Heth, Smithsonian Institution
Vera Hyatt, Smithsonian Institution
David Hunter, Center for International Environmental Law, Washington DC
Enrique Iglesias, Banco Interamericano de Desarollo, Washington DC
Alan Jabbour, American Folklife Center, Bibliothèque du Congrès
Charles Kleymeyer, Inter-American Foundation
Mary Ellen Lane, Independent Council of American Overseas Research
Brian LeMay, Smithsonian Institution
Ellen McCulloch-Lovell, White House Millennium Commission
William Merrill, Smithsonian Institution
Francis Method, UNESCO
Diana Baird N’Diaye, Smithsonian Institution
Virgil Stefan Niulescu, Chambre des députés, Bucarest, Roumanie
Pennie Ojeda, National Endowment for the Arts
Marc Pachter, Smithsonian Institution
Damien Pwono, The Ford Foundation
Caroline Ramsey, The Crafts Center, Washington, DC
Alison Dundes Renteln, University of Southern California
John Roberts, Ohio State University
Daniel Salcedo, PEOPLink, Kensington, MD
David Sanjek, BMI Archives, New York, New York
Dan Sheehy, National Endowment for the Arts
Claire Brett Smith, ICOMOS
D.A. Sonneborn, Smithsonian Institution
John Kuo Wei Tchen, New York University
Glenn Wallach, Center for Arts and Culture
Glenn M. Wiser, Center for International Environmental Law
Joe Wilson, The National Council for Traditional Arts
Toma Ybarra-Frausto, The Rockefeller Foundation
James Early
John Franklin
Amy Horowitz
Anthony Seeger
Peter Seitel
Chercheurs-boursiers et stagiaires
Maria Elana Cepeda, Ann Arbor, MI
Lisa Maiorino, Indianapolis, IN
Anthony McCann, Warrenpoint, County Down, Irlande du nord
Jonathan McCollum, Allston, MA
Chad Redwing, Phoenix, AZ
Appendice 4: Rapport du groupe I
Lundi 28 juin 1999: Première réunion du groupe I, 15h45 - 17h30
Le groupe I devait discuter des thèmes suivants: Patrimoine culturel intangible par rapport au patrimoine culturel tangible et naturel et son rôle dans la résolution des problèmes locaux et nationaux liés aux préoccupations contemporaines majeures telles que l'identité culturelle, le genre, le développement humain viable, la mondialisation, la coexistence pacifique de groupes ethniques, la prévention de conflits, les cultures de jeunesse, l'évolution des nouvelles technologies de communication et d'information, la dégradation de l'environnement etc.
Le président, Ralph Regenvanu, a demandé aux participants de se présenter. Après les présentations, Rajeev Sethi a commencé par se poser des questions sur l'état actuel de la Recommandation de 1989, notamment sa conceptualisation du problème en question. Il s'est demandé si des termes tels que folk (gens) et tradition ne passent pas sous silence l'idée et la possibilité d'innovation. Il a suggéré des modifications à la terminologie de la section A de la Recommandation qui a trait à la définition du folklore: imitation devrait être remplacé par émulation; jeux par sports puisque ce dernier terme est plus large. Quant à artisanat et architecture, n'entend-on pas par là habitat? s'est-il demandé. Autres arts semble être une catégorie résiduelle, pas suffisamment spécifique.
A propos de la section C qui porte sur la conservation du folklore, M. Sethi a suggéré que l'on parle d'abord de la sauvegarde des peuples avant celle des archives. La culture est vivante mais dépend des peuples à qui nous devons accorder plus de pouvoir. Le langage de la Recommandation de 1989 semble condescendant.
Pualani Kanahele a fait remarquer que beaucoup de peuples fondent d'importants éléments de leur identité culturelle sur l'environnement naturel et établissent ainsi des liens inextricables entre les patrimoines culturel et naturel. Que ferons-nous dans vingt ans, s'est-elle demandé, quand notre environnement sera gravement dégradé [par le développement économique]?
Andy Abeita a exprimé son inquiétude du fait que les praticiens de la culture traditionnelle ne peuvent pas classer l'art et la religion dans la même catégorie que les marchandises. Mais, il nous faut, en même temps, trouver des instruments juridiques semblables pour protéger ces praticiens dans leurs activités créatrices. Les dispositions sur les droits d'auteur couvrent les droits de propriété de la musique et de la prière et peuvent donc être invoquées pour protéger ceux-ci. A défaut de protections juridiques qui puissent être comprises du secteur privé, nous pouvons entrer dans d'éternels débats (à terme, stériles) pour essayer de nous définir.
Rajeev Sethi a répondu, à la question sur l'artisanat, que la commercialisation repose, d'après son expérience, sur les besoins de l'artisan. Son sentiment était qu'il nous faut aider les artisans à comprendre le sens de nouveaux concepts sans porter préjudice à leur culture. L'innovation n'est pas forcément mauvaise.
Pualani Kanahele a déclaré qu’elle appréciait l'observation faite par Sivia Tora au début de la réunion à propos de l'impossibilité de séparer la culture tangible de la culture intangible ou le patrimoine culturel du patrimoine naturel. Elle a précisé sa réflexion sur la dégradation de l'environnement en citant l'exemple de l'aménagement de grands hôtels internationaux sur le polype corallien, l'animal marin à l'origine du corail, l'essence même des îles et l'objet de chants poétiques sur la création.
Rajeev Sethi a répondu qu'il ne pensait pas qu'il y avait une solution à un tel problème, du moins pas au niveau de l’UNESCO. En Inde, un grand nombre de tribus ont été déplacées au nom du développement. Il n'y a pas de solution à cette situation. A quel saint se vouer?
Miguel Puwainchir a répondu en citant l'adage selon lequel une personne sans terre est une personne sans culture. Si l’UNESCO ne peut rien changer, il nous incombe de changer l’UNESCO, a-t-il lancé au groupe. Avant la conquête espagnole, dit-il, nous avions une culture pure. Aujourd'hui, la confusion règne et la culture est devenue polluée. Il nous faut promouvoir et défendre notre culture. Sinon, elle va mourir à petit feu et nous aurons accepté cette fin. En revanche, nous ne devons pas nous isoler. Il nous faudrait rechercher les relations interculturelles. Les valeurs négatives doivent être oubliées. En Bolivie, par exemple, la coca a été utilisée comme une plante médicinale. D'autres l'ont utilisée comme une drogue nocive. Que faire aujourd'hui? Accepter les valeurs positives et rejeter les négatives.
La Recommandation de 1989, continua-t-il, décrit les cultures essentiellement comme des objets mais la culture, c'est aussi l'être humain. Pourquoi séparer les deux? Il nous faut échanger des expériences -- C'est sain comme activité. Beaucoup de problèmes dont nous discutons portent sur l'aliénation mais il faut se rappeler que la culture est notre nature même.
Rachid El Houda a exprimé son inquiétude à propos de quelques éléments de la discussion. Nous parlons en termes officiels, a-t-il déclaré, et nous n'abordons pas le fond des choses. Nous devons donc séparer certains instruments juridiques de nos modes de pensée sur la culture. Il y a deux façons d'aborder la question: nous pouvons dresser une liste de tout ce qu'on peut considérer comme culture traditionnelle; ou nous pouvons trouver ce qui nous unit par l'intermédiaire de nos différences. Les différences peuvent nous unir, a-t-il déclaré. Il nous faut des idées qui puissent nous servir à avancer. Des ponts peuvent être construits avec la culture et la religion. Par exemple, un symbolisme qui peut être expliqué dans une culture/religion peut aussi exister dans la nôtre. Nous devons faire abstraction de ce qui tend à nous diviser.
Mahaman Garba s'est demandé si le lien entre religion et préservation devrait être considéré comme sujet tabou. La musique est, selon lui, le patrimoine intangible de son pays. Certains disent patrimoine culturel, d'autres folklore. Nous devrions employer le premier terme parce qu'il est plus noble.
Il nous faut choisir, a-t-il encore déclaré. Voulons nous nous développer ou rester sur pl